Nous venons au repos à Champenoux, pour ma part je venais de prendre quelques jours de permission à Paris.

    Le bataillon était cantonné dans des baraquements à une sortie de Champenoux côté Sud-Ouest. Nous n'étions pas loin d'une partie de la forêt où nous allions souvent pour y faire des tirs à la mitrailleuse. Nous partions avec les mulets et voiturettes et une butte de tir à quelques kilomètres sous bois servait pour les exercices. Presque tous les hommes prenaient leur tour sur la sellette de la mitrailleuse ou passaient les bandes de cartouches ;  comme les autres j'ai eu l'occasion de tirer ou de faire le servant, à mon avis il était plus facile et aussi plus agréable de tirer que de servir. 

    Je fais entre temps de nombreuses promenades à cheval aux environs avec Hydille qui de plus en plus s'apprivoise. Toujours très craintive "sur l'oeil" mais docile et des plus agréable à monter. Il ne faut pas pour lui faire plaisir rencontrer des voitures automobiles sur les routes, ni surtout de rouleaux à vapeur. Cette fois c'est le bouquet, rien ne semble pourvoir lui faire plus peur. Il me faut la tenir bien en jambes et avoir la cravache prête ; elle passera quand même mais sera en eau. Quelle peur ! Il me faut souvent activer mon allure ou au contraire la ralentir quand de loin je vois arriver une auto surtout si celle-ci a des bâches de côté qui flottent au vent, pour ne pas me croiser avec cet engin "infernal" (je pense que c'est ainsi que devait appeler ma jument ces genres de rencontres) à la hauteur d'un pont ou près d'un ravin, car dans un moment d'affolement elle se jetterait de côté sans regarder le danger, voire même se jeter sur une ligne de chemin de fer en contre bas, au risque de se faire écraser par un train.

   Le 14 Avril lors d'une de mes promenades à pied du côté de la Neuvelotte en quête de quelques photos à faire, je vais à peu de distance photographier une fausse gare, où il y a des rails, puis des wagons en simili. Les rails sont en bois et les wagons à quai sont en toiles peintes montées sur chassis. Il y a des faux tas de bois fais également avec des toiles peintes, de vrais décors, des canons en bois etc...au loin je vois un avion boche piquer droit sur une "saucisse" du côté du plateau de la Rochette. Je savais que cette saucisse descendait souvent en feu, victime de quelque avion boche, ou alors était descendue rapidement au sol dès qu'un boche était signalé. Ce jour là à l'approche du boche, la saucisse reste au bout de son fil, l'avion fonce dessus, j'entends le crépitement de la mitrailleuse et à mon grand étonnement l'avion tombe en flammes. J'ai eu l'explication, l'offcier de marine pilotant la saucisse s'était  muni cette fois d'une mitrailleuse et avait exterminé l' As boche, spécialiste des saucisses (comme en faisait foi ses citations trouvées sur lui.) Dans sa chute il avait quitté l'appareil pour s'enfoncer fortement dans le sol. Son appareil tombait à quelques mètres de lui. Quand j'ai pris ma photo l'avion en flammes dégageait une forte chaleur.

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Montenoy - 14 avril 1917 l'avion de l'As boche fini de bruler. 

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Mazerulles - 22 avril 1917 Brard et Delage

  Fin avril nous allons occuper le secteur de Mazerulles.