Au début d'avril nouxs étions au repos à Champenoux, l'officer payeur est venu régler le prêt des officers et des sous-officiers et il en profite pour me demander de ne pas m'éloigner ayant quelque chose d'important à me communiquer.

     Il voulait que je fasse seller mon cheval et que je vienne avec lui à Réméréville où étaiot installé le bureau de Colonel et son État-Major - c'était pour que je vienne voir la fameuse jument dont il m'avait parlé peu de temps auparavant à Hoéville. Nous faisons les quelques kilomètres et nous arrivons dans une écurie où sont installés les chevaux de marque. A côté de celui du Colonel? J'aperçois dans la pénombre de l'écurie un alezan de bonne taille. Le lieutenant fait sortir la bête, lui fait faire un trot sur le côté de la route tenue en main par l'Ordonnace du Colonel. Je ne m'explique pas tout d'bord pourquoi le Colonel qui s'est en quelque sorte affecté cette monture ne s'en sert pas. Il y a longtemps qu'un médecin major trois galons venant des Dragons, puis passé au 206e puis évacué, n'a monté cette bête.

    Depuis le médecin major est tout a fait rayé de la liste des contrôles et sa jument est disponible. Plusieurs essais ont été faits pour la monter mais chaque fois ( heureusement) les cavaliers occasionnels mordaient la poussière. Le Colonel ne demandait pas mieux que cette bête me soit affectée jusqu'au jour où redevenue docile il pourrait la reprendre - ce qui fût convenu.

    Nous faisons une première petite promenade à titre d'essai. Le Lieutenant payeur la monte d'abord, pour ma part je monte son cheval, un animal peu sociable qui cherchait toujours à vous mordre et le nouveau médecin monte alors Loulou également à titre d'essai. Il en est enchanté. Je monte à mon tour Hydille qui est d'une douceur extrême, obéissant à la jambe mais très peureuse. Un simple papier sur la route la fait bondir dans un fossé, du linge qui sèche l'empêchera de poursuivre son chemin. Elle est réfractaire à l'éperon mais obéit au simple frôlement de ma cravache - le marché est conclu, je rentre à Champenoux avec ma nouvelle monture, le Lieutenant Godet tient à m'accompagner pendant quelques kilomètres, il est enchanté de ma voir enfin sur un vrai cheval.

    A partir de ce moment là, le Colonel ne manquait pas de me demander des nouvelles d'Hydille chaque fois qu'il me rencontrait avec toujours l'espoir de la monter à son tour.

    Quand fin mai, nous quittons ce coin de Lorraine pour aller au Bois Levêque et que nous traversons Nancy pour aller à la gare d'embarquement, le régiment fait entendre brusquement sa musique sans prévenir. Hydille en tombe à plat ventre sur les rails du tramway, d'émotion. Un léger coup de cravache et nous revoilà en route sans autre ennui qu'un léger temps d'arrêt. (Le Colonel n'était pas loin, c'était l'essentiel.)

 

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Foêt de Champenoux

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1917 - En route vers les boyaux allant vers les lignes. Debout sur le 1er wagonnet le sergent Pelletier, assis sur le second, le fourrier Brard, je ferme la marche.

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191- Hoéville. Chargement pour Décauville de piquets pour réseaux.