Je vais de temps en temps voir les Compagnies en ligne et principalement celle qui m'interesse le plus maintenant. La C.M.6, a des tranchées qui sont sous la neige, les hommes ont des petits abris individuels. Ils se chauffent soit au charbon de bois (ceux qui sont installés en surface) ou à l'alcool solidifié pour éviter la fumée ; les vivres sont ainsi réchauffées aux heures des repas.

  De larges tranchées communiquent avec l'arrière et débouchent près de Hoéville. Des petits wagonnets sur rails peuvent y  circuler et approvisionner les avants-postes, soit en vivres soit aussi en matériel de toutes sortes Planches et rondins pour les sapes en constructions soit des fascines* pour renforcer les parois des tranchées.

  Au cours de mes visites, je rencontre Pitaud, notre infirmier dévoué, Bloch, le nouveau télémétreur qui remplace Clanet dans cet emploi, mais il n'a pas à se servir de cet instrument pour mesurer la distance des positions ennemies, elles sont depuis longtemps repérées. L'emploi subsistera cependant jusqu'à la fin de la guerre, le télémétreur est en quelque sorte un agent de liaison en surnombre, il ne lui manque qu'un appareil de photo pour bien remplir ses fonctions, il a pour lui ses rimes.

  A Hoéville, l'église est comme toutes les autres rencontrées jusque là, elle est sans toiture, mais les statues intérieures ont résisté aux bombardements et incendies boches. En 1914 les boches avaient enfermés tous les civils dans cette église lors de leur avance pour pouvoir fouiller les maisons plus à leur aise et être ainsi les maîtres du village. Aussi les habitants regardaient -ils toujours cette église d'un mauvais oeil ou plutôt avec un mauvais souvenir...

DSCN0300

  J'occupais mes journées à faire des aquarelles, mais avec ce grand froid, j'étais obligé de me munir d'eau chaude et de tenir mon tube de métal dans le creux de la main gauche pour l'empecher de refroidir trop vite. Comme récipient pour mettre mon eau chaude je me servais de mon tube de savon à barbe. 

  Le 24 janvier lorsque je m'étais installé sous une porte de la tour de l'église le froid était très vif, mon pinceau gelait dès que je le sortais de l'eau. J'ai du m'installer près d'une cuisine roulante qui était là, mais l'eau gelait dès qu'elle était mise sur ma feuille de papier. Le ciel à droite du clocher  (sur mon aquarelle) à une sorte de nuage, celui-ci à été formé par l'eau gelée immédiatement après être posée.

eglise hoeville

  J'ai fait une autre fois une aquarelle au grand air, le poste de T.S.F qui était situé à la sortie du village vers Courbesseaux, il faisait également très froid, j'avais les pieds dans la neige et ai dû peindre avec des gants.

DSCN0302

 

  Les environs du pays n'offraient pas beaucoup de sujets à peindre, tout était sous la neige. Je fais cependant quelques petits croquis soit du village pris de loin, soit d'un arbre observatoire qui se trouvait à l'entrée d'un bois à gauche de la route conduisant vers Réméréville où nous avions cantonné en 1915 avant notre départ pour la Woëvre.

DSCN0303

* Une fascine est un fagot de branchages utilisé pour combler des fossés, réparer de mauvais chemins et faire des ouvrages de défense.