Tous les fourgons venaient se ranger sur un côté de la route à une entrée du pays, près du cimetière.

  C'est la route elle-même qui servait de table pour le partage de toutes les denrées destinées aux Compagnies et ensuite aux sections. Le vin était mis en tas par Compagnie puis avec une hachette on cassait des petits morceaux pour faire les parts. Ceux-ci jusqu'à la fin du partage restaient sur des sacs, puis ensuite mis dans des sacs à terre (destinés au transport de terre) soit dans des seaux pour le transport aux lignes. Le pain était lui aussi fortement gelé et très difficile à séparer. Lorsque l'on devait couper une boule en deux, il n'y avait que la hache pour en venir à bout. Nous avions essayé avec une scie, mais c'était impossible, les dents ne pouvant y entrer. L'entaille faite se resserrait en coinçant la lame de la scie. Enfin la viande, elle aussi était partagée sur le milieu de la route purifiée par la basse température, d'ailleurs nous n'avions pas l'habitude d'y regarder de très près.

  Dans notre bureau, nous recevions le soir nos camarades lors d'une période de repos de la Compagnie. Des parties de cartes avaient lieu, nous banquetions souvent, c'est à dire que les repas un peu plus soignés duraient une partie de la nuit. Les soirées se passaient auprès du feu que le sergent major savait faire marcher sans ménager le combustible. Pour cela notre ration de bois ne suffisait pas. Nous allions la nuit tous les deux au milieu de la neige vers un dépôt du génie où était entreposé un important tas de bois, chevrons de toutes grosseurs et longueurs. Nous nous dirigions au clair de lune en ayant soin d'enfoncer nos passe-montagne jusqu'aux yeux, pas seulement pour nous préserver du froid, mais surtout afin de n'être pas reconnus en cas de "mauvaise rencontre". Aussitôt arrivés dans notre demeure, les lourds chevrons étaient tout d'abord débités en trois ou quatre morceaux et ensuite montés dans notre bureau servant de chambre et de salle à manger. Alors les morceaux se faisaient nombreux et nous avions une provision pour 24 ou 48 heures.

 

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  Je passais mon temps lorsque les autres jouaient aux cartes, à faire des croquis ou recopier des aquarelles que je donnais à mes voisins. J'ai même essayé de faire des croquis des têtes de nos visiteurs, Clanet, Chérot, Garbay avaient leur têtes esquissées sur des feuilles de papier comme le montrent les photos ci-dessus.