Le 206e revient tenir le secteur de Lorraine, c'est à dire les avants postes de la région de Sorneville - Hoéville.

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  Notre bataillon occupe le secteur d'Hoéville. des compagnies sont installées dans un bois à gauche du village et les autres sont dans les tranchées face à Bezange. C'est un secteur très calme et les bureaux de Compagnies peuvent rester dans le village où est installé également le bureau du colonel.

  Les voiturettes des mitrailleuses, c'est à dire l'échelon, dont je suis passé le chef restent à Hoéville. Elles sont rangées le long des maisons, mais pas à l'abri des intempéries. La neige vient recouvrir toute la campagne puis le froid est de plus en plus vif, elles sont immobilisées, leurs roues enfoncées dans une forte couche de glace qu'il faut casser à la hache si l'on veut en déplacer une.

  Le thermomètre est descendu une nuit à -22° ce que nous n'avions jamais vu jusqu'alors. Mais les Compagnies en lignes placées sur un plateau éventé ont vu le mercure descendre jusqu'aux environs de -28°. Malgré cette forte baisse de température il faisait bon au dehors à condition de ne pas se trouver dans une partie où le vent soufflait.

  Cependant la nuit, si l'on n'avait pas soin de garnir les poëles pour garder du feu, l'on s'apercevait que le froid existait toujours au dehors. Notre bureau de Compagnie était installé dans la première maison du village en formant la pointe avancée vers la campagne, elle laissait un peu à désirer comme confort. Des fentes laissent le vent entrer un peu de tous les côtés. Le matin pour se lever on était en quelque sorte cloués sur nos couchettes, celles-ci étaient superposées comme sur un bateau, en guise de sommier et de matelas il y avait du treillage tendu sur lequel était notre couverture. Mais ce n'était pas suffisant. J'ai connu alors une période de douleurs à croire que j'étais rhumatisant pour la fin de mes jours. J'allais chaque jour au Poste de secours chercher du baume Bengué ou du salicylate de méthyle ( écrit mithyl). J'en ressentais un peu de soulagement, mais le lendemain c'était à recommencer. C'est alors que nous avons mis de la paille sur nos treillage et que nos nous sommes procuré d'autres couvertures.

  Avec ce grand froid, le ravitaillement se faisait difficilement. Les fourgons qui nous apportaient les vivres, venaient d'un village voisin Courbesseaux. Les chevaux étaient tous munis de crampons à glace, mais malgré cela n'avancaient qu'avec peine. En cours de route les barriques de pinard éclataient sous la pression du froid, mais le pinard ne se sauvait pas, et pour cause il était en bloc !